24.02.2000 Journal du Jura (Olivier Gresset)
Le graphiste et artiste Otto Kohler expose au Royal
Voyage autour des «Mondes»
Graphiste indépendant, Otto Kohler, qui a conçu les maquettes de plusieurs journaux dont celle du JdJ, est aussi un artiste de talent. En exposant au Café du Royal, cet enfant de Tavannes résidant à Ammerswil (AG) fait son grand retour dans la localité qui l'a vu grandir. Ses «Mondes», une trentaine d'acryliques réalisées entre 1985 et 1999, seront accrochées du 27 février au 9 avril.
Le vernissage a lieu ce dimanche à 17 h.
Les «Mondes», c'est un peu le carnet de voyage d'Otto Kohler autour du globe. Thaïlande, Israël, Maroc, Inde... L'artiste a utilisé les photos de personnes qu'il a prises dans ces pays comme base pour un bon nombre de ses tableaux. Du «gardien du temple Meenakshi» au «cycliste de Pondicherry» en passant par «Mounir Bachir jouant à l'oud», l'être humain tient ainsi une place importante dans l'œuvre de l'artiste. «Oui, j'aime les gens. En fait, je ne fais pas de paysages. J'ai essayé en Inde, mais j'ai trouvé cela extrêmement difficile. Peut-être que je n'ai pas la patience.» Les couleurs chatoyantes, même si elles sont moins présentes dans la dernière série, constituent une autre caractéristique de la peinture d'Otto Kohler. «C'est quelque chose qui me vient d'Inde. Là-bas, tout est très coloré. Les femmes, même les plus pauvres, portent des habits aux couleurs vives. Même la nourriture est pleine de couleurs. Le Maroc aussi est un pays bourré de couleurs.»
Acrylique sur tente
Une bonne partie des peintures d'Otto Kohler a été réalisée sur des toiles de tente de l'armée suisse. Une forme de militantisme? «Pas du tout, répond amusé l'artiste, je les ai trouvées à Zurich dans un petit magasin vendant des articles militaires et tenu par une grand-mère. Ce taudis poussiéreux et sans chauffage, situé en pleine Löwenstrasse, est entouré de banques. Je pense que l'immeuble appartient à la petite vieille et qu'on le démolira quand elle aura disparu.» Pour peindre, Otto Kohler utilise exclusivement l'acrylique. Elle présente l'avantage d'offrir des couleurs fortes. Mais elle sèche aussi très vite, et il n'est pas possible d'effectuer des retouches comme c'est le cas avec la peinture à l'huile. L'artiste n'en est aucunement gêné. N'ayant «aucune patience», il avoue être habitué à peindre «très vite». Sa dernière série, exposée à l'étage du Café du Royal en est la preuve. Inspirée de la calligraphie et se distançant assez nettement de son style figuratif aux couleurs chatoyantes, la dizaine de peintures a été réalisée en deux semaines. Mais si Otto Kohler est impatient quand il peint, ses réalisations peuvent être précédées d'une longue période de réflexion, de préparation. Sa série calligraphique a été ainsi pensée pendant deux ans. Pour l'occasion, l'artiste a d'ailleurs délaissé les toiles de tente. Il s'est servi du papier utilisé autrefois pour préparer les maquetttes des journaux. Une idée qui a ses avantages: «Ce papier est absolument super pour le pinceau car il est mat et assez poreux.»
Enfant de Tavannes
«J'ai passé toute mon enfance à 20 mètres du Royal. Ma mère habite d'ailleurs toujours là» explique Otto Kohler. A 16 ans, l'adolescent, né en 1948, intègre la Tavannes Machines dans le but de devenir dessinateur sur machines. Il renonce après quinze jours. De ce bref séjour est au moins née une peinture nommée Tavannes Machine Co, incluse dans la dernière série réalisée et affublée des quelques lignes suivantes qui révèlent que le jeune homme regardait plus par la fenêtre que sur sa table de dessin. «Derrière la gare. Le cimetière. Les cerisiers. Sous le Mont...» Après cette tentative avortée, l'artiste effectue un apprentissage de commerce dans un magasin de confection tavannois avant de travailler une année à l'UBS à Berne. A l'incitation d'un peintre de la région rencontré dans un bistrot de Tavannes, il passe les examens pour entrer aux Arts graphiques à Bienne. Otto Kohler intègre ensuite le monde des médias. Le graphiste a réalisé plusieurs maquettes de quotidiens dont la nouvelle mouture du Journal du Jura. Il a aussi remodelé par deux fois la «Neue Luzerner Zeitung». A côté de cela, Otto Kohler est cartooniste et caricaturiste pour «Cash» et la «Schweizer Illustrierte» et il a conçu des affiches, des invitations et des prospectus pour «Good News» et la «NZZ». Une dernière réalisation d'Otto mérite d'être signalée: sa galerie virtuelle sur Internet où l'artiste «expose» une quinzaine de ses tableaux. Pour les amoureux de l'art, le site www.ocolere.club.ch est un véritable enchantement à ne manquer sous aucun prétexte! Il sera d'ailleurs projeté sur grand écran lors du vernissage de l'expo au Royal dimanche prochain à 17 h. S. Sn. A ne pas manquer, les «Mondes» d'Otto Kohler exposés au Café du Royal à Tavannes.