5. Septembre 2002 - Journal du Jura
Sons et signes se répondent
Voyageur au long cours et fan de Yehudi Menuhin et de musique indienne, le graphiste biennois Otto Kohler expose des oeuvres récentes au Café Mariana jusqu'au 26 octobre.
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Otto Kohler est un graphiste indépendant qui s'est installé près de Lenzburg, à Ammerswil. Enfant de Tavannes, il y suit ses premières années d'école avant d'étudier les Arts Graphiques à Bienne. Après quelques années passées dans notre journal, il s'évade du côté de Zürich où il collabore avec plusieurs grands quotidiens de la région. Il en refait de nouvelles maquettes ou en discute les nouveaux concepts, travaillant aussi bien à la mise en page qu'aux illustrations. Mais c'est dans la peinture qu'il trouve la réponse à ses questions. Pour être exact, son inspiration lui est dictée par ses voyages ainsi que les musiques locales qu'il découvre à cette occasion. Comme Yehudi Menuhin jouait avec Ravi Shankar il y a plus de trente ans, Kohler peint avec la musique indienne. Ses toiles - ou plutôt ses bois peints à l'acryl - sont autant de notes du violoniste anglais que du musicien indien.
L'obsession de la lettre
Des découpages recouvrent en partie ses tableaux, mais aussi des lettres, des portraits ou des écritures. Des idéogrammes japonais côtoient des calligraphies arabes, de l'Egypte ou de la Grèce, celle des mosquées ou de la Torah. L'artiste a été bouleversé par le Musée d'Histoire de Delémont dans lequel il a découvert des idéogrammes du 8e siècle. Il les a photographiés puis travaillés sur son ordinateur et là, il a compris qu'il y avait quelque chose d'universel dans l'écriture, dans la lettre. Celle-ci est devenue le modèle de base de toute l'exposition. Elle est accompagnée dans chaque tableau par la musique qui s'en dégage. On retrouve dans ce visage de petit Egyptien, l'insouciance des rythmes et des notes langoureuses de la musique arabe. Ces dissonances lointaines ne sont que le reflet et l'expression du lieu et de la manière de s'exprimer, don de la lettre. On dirait aujourd'hui: la lettre, vecteur numérique d'une information capitale. Avant l'ordinateur, elle a été d'abord le nœud sur les bâtons de bergers, puis les hiéroglyphes sur les obélisques des pharaons. Chaque civilisation y a ajouté sa culture, sa religion et sa manière de vivre. Il n'y a pas de lettres muettes, elles chantent, elles crient, elles se manifestent, elles nous parlent. Otto Kohler joue avec les lettres, les met en évidence, les associe avec des symboles relatifs à leur origine. C'est une musique à l'état pur incluant toutes les techniques du graphiste: ordinateur, caméra digitale, collage, découpage et peinture. (jch)
Exposition Otto Kohler, à découvrir jusqu'au 26 octobre au Café Mariana.